À l’occasion de la 5ᵉ édition du WeXchange Forum, placée sous le thème « Collaborer pour faire impact » et prévue le 22 octobre 2026 à Casablanca, Tarik Maâroufi de la Fondation Abdelkader Bensalah partage son analyse des enjeux de l’innovation sociale et revient sur le rôle de la coopération entre les différents acteurs pour construire des solutions durables aux défis sociaux.
1. Cette 5e édition place la collaboration au cœur de sa démarche. Qu’est-ce qui a motivé le choix de cette thématique et quels enjeux souhaitez-vous mettre en lumière cette année ?
Les défis sociaux auxquels nous faisons face aujourd’hui sont de plus en plus complexes et interdépendants. Qu’il s’agisse de l’emploi des jeunes, des inégalités territoriales, de l’éducation ou de l’inclusion, aucun acteur ne peut y répondre seul.
Avec cette édition, nous souhaitons aller au-delà de la simple logique de partenariat pour interroger les conditions d’une collaboration réellement efficace : une vision commune, des compétences complémentaires, des responsabilités partagées et des résultats mesurables.
L’enjeu est de passer d’une addition d’initiatives individuelles à une véritable dynamique d’impact collectif.
2. Après plusieurs éditions, quel bilan tirez-vous du chemin parcouru par le WeXchange Forum ? Qu’est ce qui a évolué dans les besoins et les attentes des acteurs de l’innovation sociale au Maroc ?
Au fil des éditions, WeXchange s’est construit comme un espace de réflexion, de partage d’expériences et de rencontre entre les différents acteurs de l’innovation sociale.
L’édition 2025 avait notamment mis en lumière le rôle économique du tiers-secteur, sa contribution à la création de valeur sociale, à l’emploi local et au développement territorial.
Aujourd’hui, la réflexion évolue naturellement : il ne s’agit plus uniquement de faire émerger des initiatives innovantes, mais de leur permettre de se structurer, de se pérenniser et de changer d’échelle.
Les besoins portent désormais davantage sur l'accès au financement, l'accompagnement, la mise en réseau et la construction de collaborations durables.
3. Entreprises, associations, institutions publiques et acteurs académiques sont appelés à travailler ensemble. Comment le Forum entend-il dépasser les échanges d’idées pour favoriser des collaborations concrètes et durables ?
C’est précisément l’ambition de cette édition, dont le programme a été pensé pour favoriser le passage de la réflexion à l'action.
Au-delà des conférences et des partages d’expériences marocaines et internationales, nous avons prévu cinq master classes et cinq cercles de discussion consacrés à des enjeux très concrets : financement, gouvernance, dynamiques territoriales, mesure d’impact et design prospectif.
L’objectif est de permettre aux acteurs de confronter leurs pratiques, d’identifier des complémentarités et de faire émerger de nouvelles perspectives de coopération.
Nous ne voulons pas simplement réunir des acteurs autour d’une même table, mais de créer les conditions pour qu’ils puissent construire ensemble.
4. Quels sont aujourd’hui les principaux obstacles au développement de l’innovation sociale au Maroc, et comment cette édition souhaite-t-elle contribuer à y répondre ?
Le Maroc dispose d’un écosystème d’innovation sociale riche en initiatives et en acteurs engagés. Pour mieux comprendre ses besoins et analyser ses tendances, la Fondation Abdelkader Bensalah produit tous les deux ans son Baromètre de l’Innovation Sociale (BISM).
Les résultats du BISM 2026 montrent que le premier frein à l’innovation sociale au Maroc est d’accéder à un financement adapté pour 78,9 % des répondants. Toutefois, le manque de financement n’agit pas seul : les obstacles légaux (56.3%), les insuffisances en compétences (45.9%) et les contraintes politiques et contextuelles (41.2%) forment un véritable verrou systémique. Développer l’innovation sociale suppose donc d’agir simultanément sur le financement, la réglementation, les capacités des acteurs et l’environnement institutionnel.
Ces défis sont d’ailleurs au cœur des échanges de cette 5ᵉ édition du WeXchange Forum. L’innovation sociale ne manque pas nécessairement d’idées. Elle a surtout besoin d’un environnement favorable pour que les solutions qui fonctionnent puissent grandir et durer.
5. Comment évaluez-vous l’impact réel des initiatives soutenues ou mises en avant dans le cadre du Forum ? Quels résultats concrets souhaitez-vous voir émerger à la suite de cette édition ?
L’impact doit pouvoir être démontré. Pour les initiatives soutenues ou distinguées, nous examinons moins les intentions affichées que les changements obtenus, leur pérennité, leur appropriation par les populations et leur capacité à répondre aux réalités des territoires.
Le même niveau d’exigence s’applique au WeXchange. Cette édition doit produire des enseignements capitalisables, des outils directement utilisables et des rapprochements susceptibles de devenir de véritables collaborations. Nous souhaitons notamment que les participants repartent avec des méthodes en matière de gouvernance, de financement, d’ancrage territorial et de mesure de l’impact collectif.
Le succès ne se jugera donc pas le 22 octobre au soir, mais dans les mois suivants, à travers les engagements poursuivis et les collaborations effectivement mises en œuvre.
6. Les Moroccan Social Innovation Awards mettent en lumière des initiatives à impact social. Quels critères privilégiez-vous pour distinguer les projets capables d’apporter des changements durables et de répondre aux besoins des populations ?
Les Moroccan Social Innovation Awards ont vocation à distinguer des initiatives qui apportent des réponses concrètes aux défis sociaux du Maroc et dont la pertinence a déjà été démontrée sur le terrain.
Nous accordons une attention particulière à plusieurs critères : la preuve de l’impact social, l’ancrage territorial, la démarche de co-construction, l’expérience de la structure porteuse et la capacité du projet à s’inscrire dans la durée.
La sélection repose sur un processus rigoureux de quatre étapes, associant une équipe de vérification technico-administrative, des commissions techniques et un grand jury national d’experts indépendants.
À travers les MSIA, nous mettons en lumière des solutions qui ont déjà démontré leur impact, tout en leur donnant les moyens de consolider leur action et de changer d’échelle.
7. Une fois le Forum terminé, quel dispositif envisagez-vous pour assurer le suivi des échanges, accompagner les partenariats et favoriser la concrétisation des initiatives évoquées ?
Notre ambition est que WeXchange ne soit pas un rendez-vous isolé, mais qu’il s’inscrive dans une dynamique continue de dialogue, d’apprentissage et de collaboration.
La Fondation dispose pour cela de plusieurs programmes complémentaires. WeChange favorise la mise en réseau et les échanges entre acteurs, Academy contribue à documenter et diffuser les connaissances, tandis que Dar-Libtikar accompagne la structuration et le développement de projets socialement innovants.
Les MSIA s’inscrivent également dans cette logique, puisqu’ils prévoient, au-delà de la reconnaissance, un accompagnement des initiatives lauréates associant visibilité, mise en réseau et appuis adaptés à leurs besoins.
Notre priorité est que les échanges initiés pendant le Forum se traduisent, au-delà de l’événement, par des engagements, des collaborations et des réalisations concrètes.
8. À plus long terme, quelle place souhaitez-vous donner au WeXchange Forum dans le développement de l’innovation sociale au Maroc, et quelles sont les prochaines étapes que vous envisagez pour renforcer son impact ?
Déjà reconnu comme le rendez-vous de référence de l’innovation sociale au Maroc, WeXchange doit désormais franchir une nouvelle étape. Au-delà de la réflexion et du partage d’expériences, le Forum peut devenir une véritable plateforme de coopération, capable de faire émerger des initiatives communes, de rapprocher durablement les écosystèmes et d’accélérer la diffusion de pratiques innovantes.
À plus long terme, cette dynamique pourrait dépasser les frontières nationales et positionner WeXchange comme un espace de dialogue et de collaboration à l’échelle africaine, en valorisant les expériences marocaines tout en favorisant les apprentissages croisés avec d’autres écosystèmes du continent.



