Pour la première fois, une nouvelle étude mondiale menée par Kaspersky quantifie l’ampleur des escroqueries par messagerie, en révélant à quel point elles sont rapides, coûteuses et préjudiciables sur le plan émotionnel. Fondée sur les témoignages de victimes à travers le monde, cette étude montre comment les cybercriminels exploitent les messages du quotidien pour dérober de l’argent et des données personnelles en quelques minutes seulement, entraînant des conséquences financières et émotionnelles durables.
Un simple message en apparence légitime peut entraîner une perte moyenne pouvant atteindre 504,28 dollars par victime. Au Maroc, 49,3 % des escroqueries aboutissent en moins de 30 minutes et, dans de nombreux cas, les victimes tombent dans le piège encore plus rapidement, transmettant de l’argent ou des informations personnelles avant même d’avoir le temps de douter. Derrière ces messages du quotidien se cachent des réseaux d’escroquerie internationaux opérant à grande échelle, qui s’appuient sur l’intelligence artificielle pour usurper l’identité de proches, d’amis ou encore de marques de confiance.
Cela a créé une véritable économie du vol d’identité, fondée sur l’argent et les données personnelles volés, laissant les victimes appauvries, ébranlées et émotionnellement marquées.
Escroqués en quelques minutes : le crime le plus rapide auquel les consommateurs sont confrontés aujourd’hui
Des e-mails professionnels aux conversations familiales, en passant par les notifications de livraison, les applications de messagerie sont au cœur du quotidien. Mais elles deviennent également l’un des principaux vecteurs de fraude. Ces escroqueries débutent le plus souvent sur des plateformes utilisées chaque jour par les consommateurs, les trois principales étant WhatsApp (50,40 %), Facebook (44,40 %) et Telegram (30,80 %).
Si cela n’a rien de surprenant compte tenu du volume important de messages que les consommateurs reçoivent chaque jour, ce qui frappe en revanche, c’est la rapidité avec laquelle ces escroqueries se déroulent. Plus de la moitié des victimes (52 %) ont communiqué de l’argent ou des informations personnelles en moins de 30 minutes, tandis qu’une personne sur sept (14 %) l’a fait en moins de cinq minutes. C’est plus rapide que de faire cuire un œuf, commander un taxi ou prendre une douche.
Et pour déstabiliser davantage leurs victimes, les escrocs restent rarement sur une seule plateforme. Près des deux tiers des escroqueries (63 %) s’étendent sur plusieurs canaux, passant par exemple des SMS à WhatsApp ou de WhatsApp à Telegram, en imitant les conversations et notifications du quotidien afin d’échapper à la vigilance des utilisateurs.
Dr. Elisabeth Carter, linguiste judiciaire et criminologue à Kingston University London, explique :
« Les fraudeurs exploitent des contextes familiers, des environnements sociaux reconnus et des normes linguistiques bien ancrées pour donner aux victimes l’impression que leurs décisions sont rationnelles et raisonnables sur le moment. En réalité, ils construisent de fausses réalités dans lesquelles ces décisions entraînent des préjudices financiers et psychologiques. Il est extrêmement difficile d’identifier une fausse réalité lorsqu’on s’y trouve. Gardez vos proches à vos côtés et parlez-leur de vos activités en ligne, car il est souvent plus facile pour une personne extérieure de repérer qu’il y a un problème. »
Un choc financier immédiat qui touche directement les foyers
L’impact financier est tout aussi dévastateur. Au-delà des pertes d’argent, les escrocs collectent également des données personnelles à grande échelle. Au Maroc, les informations les plus fréquemment compromises sont les noms complets (40,54 %), les adresses e-mail (35,14 %) et les numéros de téléphone (34,23 %). En moyenne, chaque victime a perdu 733 dollars par escroquerie, un montant qui pèse directement sur le budget du quotidien. Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie, une telle perte peut représenter un mois de courses alimentaires, des frais de transport, de garde d’enfants ou encore des factures de services essentiels.
Si 36 % des victimes ont perdu des montants plus modestes, inférieurs à 135 dollars, les conséquences s’accumulent à grande échelle. Et pour beaucoup, les pertes ne s’arrêtent pas là : près de 8 % des victimes au Maroc (7,87 %) ont perdu plus de 1 350 dollars, un choc financier important pour la plupart des foyers.
Les escroqueries sont rarement des événements isolés : plus d’un quart des victimes (28 %) déclarent avoir été escroquées trois fois ou plus au cours des six derniers mois. Cela montre que les victimes sont régulièrement prises pour cible une fois que les escrocs savent qu’elles peuvent être prises au dépourvu.
L’effet de l’IA : les escroqueries touchent toutes les générations et laissent des séquelles émotionnelles
Les réseaux d’escroquerie ne ciblent plus uniquement les personnes les moins expérimentées ou les plus âgées. Les données montrent que les victimes appartiennent à toutes les générations, de la génération Z à la génération X, soulignant que lorsque les escroqueries se propagent rapidement et prennent la forme de messages familiers, ni l’expérience ni la maîtrise du numérique n’offrent une protection suffisante.
Cette évolution est largement portée par l’intelligence artificielle. L’époque des messages maladroitement rédigés ou des signes d’alerte évidents est révolue. Au Maroc, 42,4 % des victimes estiment que le message utilisé pour les tromper a été rédigé par une IA, tandis que 62,4 % pensent que des voix synthétiques ou des images truquées (deepfakes) ont été utilisées dans le cadre de l’escroquerie. Les fraudeurs recourent de plus en plus à des messages générés par l’IA, à des voix clonées et à des contenus visuels manipulés pour usurper l’identité de personnes ou d’organisations de confiance.
En reproduisant les styles d’écriture, les tonalités de voix et même les relations personnelles, les escrocs parviennent à rendre leurs faux messages suffisamment crédibles pour contourner les réflexes de méfiance, quel que soit le niveau de maîtrise du numérique des victimes.
Et les conséquences ne s’arrêtent pas à la perte d’argent. L’impact émotionnel se fait ressentir bien au-delà de l’escroquerie elle-même. Immédiatement après avoir réalisé qu’elles avaient été victimes d’une fraude, les personnes interrogées ont principalement déclaré avoir ressenti de la colère (54 %), de la frustration (42 %) et de la détresse (38 %). Plusieurs mois plus tard, ces émotions persistent souvent : au Maroc, 52 % des victimes déclarent encore ressentir de la colère, 48,8 % se disent toujours affectées, et 25,6 % continuent d’éprouver de la frustration, longtemps après les faits.
Un appel à renforcer sa protection en ligne
Alors que les consommateurs de toutes les générations peinent à distinguer les faux messages des véritables communications, la montée en puissance des escroqueries par messagerie alimentées par l’IA a provoqué une véritable crise de confiance. Kaspersky appelle le public à ralentir et à renforcer sa protection en combinant des réflexes de vigilance à des outils conçus pour contrer les escroqueries qui jouent sur l’urgence et la rapidité. Parmi les mesures recommandées :
●Prendre le temps de réfléchir avant de réagir : les messages exigeant une action immédiate, un paiement ou des informations personnelles constituent un signal d’alerte majeur. S’accorder quelques instants avant d’agir peut suffire à briser la dynamique de l’escroquerie.
●Vérifier les identités par des moyens indépendants : utiliser des méthodes de vérification sécurisées, recouper les profils et demander des preuves d’identité supplémentaires en cas de doute.
●Protéger ses comptes avec des mots de passe robustes : l’utilisation de mots de passe uniques, associés à un gestionnaire tel que Kaspersky Password Manager, permet d’éviter la réutilisation d’un même mot de passe sur plusieurs comptes. Ainsi, même si un compte est compromis, les autres restent protégés.
●Rester vigilant face aux liens et notifications suspects : la plupart des escroqueries arrivent via des liens reçus dans des applications de messagerie ou par e-mail et semblent légitimes. Des solutions telles que Kaspersky Premium peuvent aider à surveiller l’activité des appareils, détecter les comportements suspects et signaler les liens malveillants avant qu’ils ne causent des dommages.
Marc Rivero, chercheur principal en sécurité au sein de l’équipe Global Research and Analysis Team (GReAT) de Kaspersky, déclare :
« Cette nouvelle vague d’escroqueries par messagerie est conçue pour être indiscernable des communications du quotidien. L’intelligence artificielle accélère en outre cette tendance en aidant les fraudeurs à imiter de manière convaincante des marques, des voix familières et des relations de confiance à grande échelle. Dès lors, la simple sensibilisation ne constitue plus une protection suffisante. Les consommateurs doivent apprendre à identifier les risques plus tôt, avant d’être poussés à prendre des décisions précipitées. Combiner des réflexes simples, comme prendre le temps de réfléchir et vérifier les coordonnées de manière indépendante, avec des outils de sécurité fiables capables de détecter et de bloquer les menaces en temps réel est devenu essentiel pour rester protégé. »



